Je suis allée au Sommet
c’était la tempête
une tempête à faire larmes sans chagrin
indulgence du Mont
le vent soufflait, fouillait
il y avait le bâtiment qui tenait raide
contre le vent
port accroché aux rochers
il y avait le chant des mâts, cliquetis de métal
c’était un chant ardent de mer perdu sur un sommet de terre
le monde s’était assouvi de brouillard
il y était tapi et qu’il y reste
qu’il reste dans les ténèbres
je voulais monter à la tour m’enivrer des puissances du vent
au premier pas, elle m’a arrêtée
jamais par forces tempêtes
debout,
en attente
devant la première marche de l’escalier de métal
peint noir, enroulé torsade
glissant verni d’eau
le vent m’a fait la bascule
ah, la bascule
quel bonheur
du bonheur
là
trouvé
offert par le Sommet qui sait si bien et tout
et toujours comment sauver des bris et fêlures
alors…
alors
j’ai écarté les bras aussi large que je pouvais
et
je
me
suis
laissée
prendre
par toute la puissance du vent
et j’oscillais dans son élan écrasant
et
la
pluie
burinait mon visage
et
je riais
je riais je riais
comme je n’avais pas ri depuis longtemps
et puis, même si j’étais si bien
je ne pouvais pas rester là à tourner dans le vent
qui me faisait chavirer
et le soir d’automne qui venait se fracasser dans le brouillard gris et épais
qui camouflait le monde entier
je suis retournée à l’auto qui jouait un air de flûte de pan
comme elle le fait toujours quand souffle le vent
l’auto est une véritable poésie qui est auto-coquille
lente et abri
en marchant je dansais
je dansais moi qui peine à marcher…
la force virile du vent…
la force magnétique de la montagne…
la force cinglante de la pluie…
je dansais imperceptiblement
mais je sentais bien en moi
les mouvements de la danse
les impulsions de joie
qu’elle décochait
tandis que me mouillait la pluie
tandis que me rossait le vent
je ne voulais pas partir
il fallait que je reste
pour un bonheur aussi grand
il fallait que je reste
rester pour défaire le passé
rester pour inviter l’avenir
Rita
